IMM Cologne 2020 : Se souvenir des jours heureux

L’optimisme n’est plus guère d’actualité en ces jours sombres auxquels aucun pays, aucun continent n’échappe depuis plus de deux mois avec ce terrible coronavirus qui s’abat sur l’humanité, sans distinction, sans pitié, déroulant son cortège de misère et une liste de victimes qui ne cesse de s’allonger. D’où vient-il ? De Chine, certes, mais qui est-il et que nous promet-il dans les semaines, les mois à venir ? Nul ne le sait. Pourtant il finira bien un jour par s’effacer comme toutes les grandes pandémies qui ont jalonné notre histoire. La vie et les échanges entre terriens reprendront leurs cours, avec beaucoup de changements dans notre rapport à autrui. Cependant nous continuerons à bouger, à consommer tout ce que nous considérons comme indispensable à notre existence, nos besoins, nos loisirs. Aussi avons-nous décidé de nous retrouver quelque temps en arrière, histoire de nous rappeler que ce que nous avons vu ne disparaîtra pas. Cela se passait, il y a seulement quelques semaines à Cologne et se nommait IMM.

En effet, et aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les hommes se rencontraient, échangeaient de vigoureuses poignées de main à l’issue d’entretiens rondement menés, dans un espace clos, où l’idée de distanciation sociale nous paraissait un terme issu d’une autre planète. Il y avait bien ici et là des rumeurs d’un virus menaçant une partie de la population chinoise, sans que cela n’inquiète vraiment personne. Nous étions fin janvier et le spectre de la grippe annuelle apparaissait comme un phénomène saisonnier auquel il allait falloir faire face, rien de plus, rien de moins. Que celle-ci vienne de Chine n’inquiétait vraiment personne, sachant que de nombreuses souches épidémiques viennent plutôt de ce pays continent, au passé chargé en la matière. Certes l’épisode du SRAS, rappelait à certains esprits que le danger d’une épidémie d’envergure n’était pas à exclure. Ici et là, quelques voix se faisaient entendre, à propos de ces excès d’échanges commerciaux avec la Chine. Mais qui pouvait imaginer qu’une catastrophe, venue du cœur de l’Empire du Milieu se répandrait comme une traînée de poudre, et allait frapper de plein fouet la planète entière en si peu de temps, laissant tous les pays désarmés face à une tempête sanitaire d’une telle violence ? Franchement personne. Aucun signe d’inquiétude ne transparaissait dans les allées d’un des plus grands salons du meuble du monde. C’est même plutôt une ambiance sereine qui régnait, comme toujours à Cologne, tant il est vrai que les grands rendez-vous qui se tiennent dans la charmante capitale rhénane sont toujours empreints d’une forme de convivialité bien spécifique, dont la raison principale est la qualité de l’accueil des équipes aux manettes de l’organisation. Sympathique donc, mais au demeurant d’une tenue impeccable comme toujours. Tout laissait à penser que l’avenir s’inscrivait plutôt avec sérénité, dans un contexte d’internationalité toujours très présent, en vertu des grands principes fédérateurs de tout salon professionnel allemand d’envergure. D’ailleurs tous les clignotants étaient au vert pour cette édition 2020.

Que de regrets
Ainsi les visiteurs se comptèrent plus de 128 000 à avoir fait le déplacement sur le salon, enregistrant ainsi une progression par rapport à l’année passée de plus de 3 000 personnes à avoir arpenté les allées du parc des expositions. Certes ce n’étaient pas des chiffres record, mais avec un rendez-vous d’une telle envergure, il n’est pas question de s’attendre à une explosion. Le challenge est plutôt de se maintenir au sommet, ce qui n’est jamais facile, aucun monument n’étant indéboulonnable. Mieux encore, le salon avait fait preuve d’une grande internationalité, sujet toujours extrêmement sensible chez Koelnmesse, puisque celui 50 % des acteurs du secteur à avoir répondu présent à l’appel venaient de l’étranger, résultat en légère augmentation par rapport à la dernière édition, sur une plateforme qui fait déjà le plein en la matière. Enfin et malgré le processus de forte concentration dans le commerce du meuble, outre-Rhin les acheteurs allemands étaient à nouveau légèrement plus nombreux à s’être rendus spécialement sur l’évènement. Tout ceci comblait d’aise Gerald Böse, President and Chief executive Officer Koelnmesse GMBH : « Par ces résultats, IMM Cologne prouve son rôle majeur dans l’activité mondiale du secteur, et reste ainsi un des grands rendez-vous planétaires du métier. D’autre part, je voudrais signaler un élément que je considère comme très important concernant les visiteurs allemands. Il s’agit de la montée en puissance de la présence d’un nombre plus élevé de concepteurs, d’architectes, et de spécialistes de l’aménagement d’espaces tertiaires, à destination du marché intérieur. Nous n’oublions pas non plus tous les designers et créateurs qui ont participé au succès de cette édition 2020. Une fois de plus, le salon a prouvé son importance en tant que plateforme d’inspiration et de contacts, sans oublier le niveau de commandes enregistrées particulièrement satisfaisant. Pour les exposants ce salon a donc été économiquement réussi. Il a ainsi permis à l’industrie du meuble de bien démarrer l’année 2020 ».
Voilà donc le discours que tenait l’état-major de Koelnmesse par la voix de son plus haut dirigeant, et celui-ci était confirmé par des statistiques tout à fait satisfaisantes dans un secteur du meuble qui semble, ou plutôt semblait connaître une nouvelle jeunesse. Les résultats du visitorat venu de l’étranger étaient également au beau fixe, confortant toujours un peu plus la position incontournable du salon comme plateforme de référence internationale. C’est bien évidemment l’Europe occidentale qui se taillait la part du lion, avec en tête La France, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, et la Suisse au sommet du palmarès des nations les plus représentées. A noter que la Suisse (+18 %) les Pays-Bas (+11 %), et la Belgique (+10 %) enregistraient les hausses les plus spectaculaires. L’Italie et la Russie ont également réussi des scores remarquables, tous pays confondus, les Européens présents à Cologne étaient en augmentation de quelque 3,8 %, ce qui a constitué un résultat plus qu’honorable, signe qu’un peu partout sur le vieux continent, le marché du meuble redressait la tête. Enfin pour clore le chapitre international, il restait à noter la spectaculaire envolée de l’Amérique du Nord (+14 %) preuve à l’époque du formidable dynamisme de l’économie du pays. Quant à son grand rival, la Chine, celle-ci avait fait se déplacer, pas moins de 3 000 visiteurs, ce qui tendait à prouver une fois de plus que la frénésie d’achat des consommateurs de l’Empire du Milieu était loin de se tarir. Nous énumérons volontairement ces statistiques au passé, eu égard au désastre qui allait s’abattre sur le monde.

Le prix terrible du désastre
Mais continuons comme si nous étions encore au temps des jours heureux, où l’on parlait business, échanges, tendances, bref, tout ce qui fait le sel d’un grand salon de renommée mondiale. Nous le faisons à dessein, car nous ne pouvons croire que toute cette offre, toutes ces nouveautés et innovations disparaîtront corps et biens. Tous les corps de métier savent d’ores et déjà qu’il y aura une casse considérable. On peut même d’ores et déjà annoncer sans être grand clerc que celle-ci sera terrible, probablement pire que tout ce que nos ancêtres ont connu. On ne met pas la quasi-intégralité d’un pays à l’arrêt impunément. Ceci est du jamais vu. Pendant la dernière guerre, la plus meurtrière de l’histoire, l’industrie a continué de tourner. Malgré les bombardements qui ont détruit tant de villes, la vie continuait. Avec le Covid19, l’autre nom du coronavirus, c’est la quasi-intégralité de l’humanité qui se retrouve confinée brutalement sans y avoir été préparée, à l’exception du Sud-Est asiatique, mais à quel prix pour les habitants du pays le premier concerné, en l’occurrence la Chine dont le nombre de victimes est considéré en plus comme largement sous-estimé. Quant aux démocraties de la région, à savoir Taiwan, Singapour, la Corée, le Japon, elles s’en sortent remarquablement grâce à une vigilance de tous les instants et une expérience acquise de longue date dans le combat contre les virus. Pour le reste du monde, nous assistons à une forme de débâcle, une sorte de chacun pour soi, avec pour seule arme le confinement et l’arrêt quasi général de l’activité industrielle à l’exception de la fabrication des produits de première nécessité.

Faire face et penser le monde d’après
Toutefois, à moins que le monde connaisse son apocalypse finale, il est obligatoire qu’il retrouve une solution acceptable pour sauver ce qu’il reste à sauver en attendant la disparition de ce tueur. Toutefois, il n’en demeure pas moins que lorsque la situation redeviendra normale, nous ne retournerons pas à l’âge des cavernes, au repli sur soi, au prétexte que la mondialisation est coupable de tous les maux. Certes elle a sa part de responsabilité, mais elle ne disparaîtra pas, il ne faut pas rêver. Une fois la machine relancée, les réflexes de consommation reprendront leur place et c’est tant mieux, avec sans doute une hiérarchie dans les priorités. Certains secteurs souffriront, voire disparaitront, d’autres émergeront comme dans tout bouleversement. Mais nous nous habillerons, nous déplacerons, et nous logerons comme nous l’avons toujours fait. Des tendances, des modes inédites apparaîtront, mais les fondamentaux resteront dont le plus essentiel à l’humanité, l’habitat. Aussi ce que nous avons vu sur IMM ne disparaîtra pas, bien au contraire. L’aménagement de la maison restera un secteur actif, à fortiori après ce que nous aurons vécu. Ce n’est pas parce que nous aurons été confinés comme des animaux que nous n’aurons pas envie de revivre dans un cadre que nous aurons choisi, dans lequel nous nous sentirons bien. Cette offre, elle existe. Elle s’était dévoilée à Cologne, et tout laisse à penser que dans le « monde d’après », elle sera similaire à celle qui s’est exposée. Les éléments de confort comme les canapés, les fauteuils, les sièges sont de plus en plus douillets, fonctionnels et ergonomiques à la fois. Le meuble meublant poursuit sa route dans l’univers de l’élégance pratique ou design et miniaturisation permettent de réaliser de très jolis intérieurs dans des volumes d’habitation réduits. Il faut en effet bien savoir que les espaces de vie se réduisent avec la migration des populations vers les villes, et malgré le télétravail qui rend en ce moment bien des services, soit dit en passant, le phénomène n’ira qu’en se développant si l’on en croit les sociologues. La literie ne faiblit pas, bien au contraire, stimulée par le dynamisme des fabricants qui multiplient les nouveautés et innovations au service de notre bien-être, de notre qualité de sommeil et par conséquent de notre santé. Nos salles de bains participent également à ce mouvement, devenant des sources de plaisir, et par voie de conséquence, pas vraiment des pièces à vivre, mais des pièces ou il fait bon y vivre. Dans le domaine des matières, le bois sous toutes ses couleurs, toutes ses formes, continue de régner en maître absolu. Il est le symbole de la nature dans tout ce qu’elle a d’authentique. Dans cet état d’esprit, il s’accompagne de teintes aux couleurs de notre terre nourricière et des couleurs les plus douces qu’elle inspire. Ce phénomène n’est pas près de se calmer, surtout après ce que nous aurons vécu. Le Design continue son ascension vers un certain minimalisme. Il s’agit non seulement de libérer de l’espace dans la maison, mais aussi de mettre en scène de plus en plus souvent des objets destinés à d’autres fonctions auparavant destinés à la déchetterie ou la destruction et habilement recyclés de façon fort astucieuse. Quant à la maison créée de toutes pièces pour le salon, ainsi que les organisateurs l’imaginent et mettent en scène chaque année, nous l’avons évidemment visitée. Nommée Das Haus, celle-ci consiste à donner carte blanche à des architectes d’intérieur différents chaque année et leur laisser concevoir leur idée de ce que sera une maison du futur. Etrange prémonition, ceux-ci avaient conçu, une habitation ouverte à tous les vents, comme s’il était si bon d’y vivre et de s’en évader tout en restant chez soi, dans un univers épuré et lumineux à la fois. Nous parions que cette tendance est appelée à connaître un vrai succès et devenir source d’inspiration pour deux raisons. Tout d’abord, il faut bien comprendre que la facture de la crise que nous vivons va coûter cher et très probablement obérer sérieusement le pouvoir d’achat des ménages. Tout ceci implique que ceux-ci ne se lanceront pas dans des dépenses onéreuses inconsidérées. Il va donc sans dire que les produits du recyclage revus, corrigés, esthétisés et fonctionnalisés y trouveront leur public et auront leur place dans les habitats de demain. D’ailleurs, cette tendance ne se conjugue pas vraiment au futur. Elle existe déjà, et l’a montré sur le salon. Elle est issue de la prise de conscience du consommateur vis-à-vis du respect de l’environnement qui traversait déjà tous les secteurs, bien avant la catastrophe. Il va dons sans dire que ce mouvement va se retrouver plus que jamais au cœur des exigences de ces derniers dans leur décision d’achat. Reste à notre avis l’inconnue des objets connectés dont nous pensons que bon nombre d’entre eux sont appelés à connaître des jours compliqués. Ceux-ci sont considérés à tort ou à raison comme trop souvent inutiles et aussi de gros consommateurs de matières premières. Il n’en reste cependant pas moins vrai que la technologie sera présente d’une manière ou d’une autre. Elle est non seulement incontournable, indispensable et le prouve en ce moment., en permettant à notre monde de continuer de tourner. D’autre part, elle est omniprésente dans les processus de fabrication.
Allons-nous donc sortir indemnes de cette épouvantable crise ? Certainement pas. Mais allons-nous devenir d’autres types de consommateurs ? Très probablement. Encore que cette notion aura ses limites. Nous sommes des humains et nos besoins restent d’une manière générale constants au fil des époques. Notre habitat est au centre de notre vie, Il est en est l’élément fondateur. Il nous sert de cadre de tous les moments de notre vie. Il nous protège des dangers les plus menaçants. N’oublions pas que ce n’est pas la première fois dans l’histoire que nous nous confinons. Les épidémies de peste, de choléra en des temps anciens, nous ont amenés à procéder de la même façon, à la différence près c’est que nous sommes plusieurs milliards à le faire et que jusqu’à nouvel ordre, c’est la seule solution pour nous protéger du plus grave danger qui menace nos existences depuis la Seconde Guerre mondiale. Personne à ce jour n’a d’autre solution que de nous mettre tous aux abris pour nous protéger non plus des bombes, mais d’un danger invisible tout aussi redoutable, voire plus. Tout un symbole…


Ce qu’ils disaient…

Tout semblait se présenter plutôt bien pour les fabricants lors de cette session 2020. Les produits, les gammes, les stratégies étaient affutés pour cette année à venir. Certes tout est certainement en standby à ce jour. Mais, lorsque le déconfinement arrivera et si ces entreprises ne laissent pas trop de plumes, elles ont des raisons d’espérer pour le futur comme elles l’ont démontré lorsque nous les avons rencontrées.


STRESSLESS / GROUPE EKORNES

Grégoire Moll,
Directeur général Europe du Sud.

Notre présence sur le salon devient une tradition dans la mesure où nous sommes présents maintenant depuis quelques années sur le salon, notamment dans la mesure ou l’Europe, et surtout l’Allemagne et ses voisins sont notre marché principal. IMM est donc bien évidemment « the place to be ».

C’est aussi le moment pour accueillir nos distributeurs et leur montrer toutes nos nouveautés, lesquelles sont assez spécifiques pour cette année à venir, puisque 2020 est pour nous celle de la motorisation, laquelle devenait indispensable pour notre clientèle très demandeuse, afin d’améliorer le confort, celui-ci constituant notre ADN, ne l’oublions pas. Cette technologie se retrouve donc dans tous les produits que nous fabriquons, que ce soit dans les gammes canapés aussi bien que dans les gammes fauteuils. Ils ont été conçus à cet effet, ce qui n’empêche pas que les produits manuels existent toujours. De plus nous y ajoutons des innovations avec un design inédit, un système de massage à air et de chauffage, lesquels confortent l’image qualitative de la marque Stressless. Notre palette d’offre est donc large et profonde.


AKANTE

Olivier Vanhaecke,
Dirigeant.

Nous avons enregistré de très bons résultats sur le salon auquel nous participons depuis 2013, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. J’en veux par exemple pour preuve nos discussions avancées avec une centrale d’achat allemande pour le développement de produits exclusifs.

Nous continuons nos efforts à destination de l’export, et à cet effet, nous commençons à percer aux Pays-Bas. Il n’en reste pas moins que l’Allemagne reste une cible privilégiée, où au-delà de Cologne, nous participons à divers rendez-vous dans le pays, notamment via les salons des centrales. Nous avons déjà été présents sur deux d’entre elles, et allons en faire trois cette année. Nous avons exposé aussi sur le salon privé Begros, une des plus grosses centrales du pays, lequel vient de se terminer il y a quelques jours, et se tenait dans le hall 1 de l’enceinte du parc. Nous avons également mis en place une équipe de commerciaux dédiée. Tout ceci porte ses fruits, notre offre y rencontre une réelle demande, ce qui nous a confortés dans notre stratégie de développement à l’export lequel représente aujourd’hui 30 % avec un objectif à terme de 50 %, domaine dans lequel nous prenons en plus du plaisir. Sur la France où nous avons désormais une reconnaissance. Notre stratégie passe par un élargissement de nos gammes et la mise en avant de la marque via le marketing et le merchandising.