La guerre de l’opium, ça vous parle ?

Tandis que notre monde occidental moderne s’est façonné sur les ruines du terrible 20e siècle marqué par deux conflits mondiaux, il est un fait historique de la plus haute importance resté quasiment ignoré en nos contrées. Celui-ci s’est passé en Chine au 19e siècle et fut appelé guerre de l’opium, sans oublier son corollaire, le sacre du palais d’été de Pékin.

Philippe Méchin, Reporter à l’International

Ces évènements, puisqu’en réalité il y eut deux guerres, toutes les deux perdues, ont marqué à jamais les citoyens de l’empire du Milieu. En effet les envahisseurs anglais utilisèrent cette drogue et son trafic pour asservir le pays. Les empereurs de l’époque cédèrent à toutes leurs exigences, notamment en signant des traités outrageusement à l’avantage des britanniques, dont l’annexion de Hong Kong. Ils furent bientôt rejoints dans leurs exactions et pillages par les français, puis les américains et même les russes. Le point d’orgue en fut le sac du sublime palais d’été de Pékin mené par nos troupes. Ces années douloureuses ne furent jamais oubliées dans un pays où perdre la face constitue l’humiliation suprême.
Il va donc sans dire qu’après cette époque tragique naquit un sentiment terrible de revanche, dont on peut comprendre la légitimité. C’est donc notre hégémonie économique mondiale que le peuple chinois s’est mis en quête de reconquérir. A cet effet, celui-ci a tout supporté même une des plus terribles dictatures de l’histoire dans la mesure où celle-ci lui a non seulement permis de se débarrasser de l’envahisseur japonais, mais aussi de regagner sa dignité et revenir dans le concert des nations la tête haute. Depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais le système politique reste le même. Il n’en demeure pas moins que depuis le règne Deng Xiao Ping qui en 1974 a décrété le passage au libre-échange sans limites jusqu’à celui néo impérialiste de Xi Jing Ping, plus rien n’arrête la Chine dans sa volonté de devenir la première puissance planétaire. Les dirigeants, toujours aussi autoritaires, voire même plus, sont soutenus majoritairement par un peuple nourri au lait d’une guerre de l’opium enseignée dans toutes les écoles. Ceci a provoqué une forme de néonationalisme économique redoutable dont l’occident a fait les frais, dévastant des pans entiers de nos industries. Le meuble n’a évidemment pas échappé au phénomène. Cependant, un changement brutal de paradigme s’est amorcé, avec l’avènement des classes moyennes qui ont profité de ce formidable essor.
De fournisseurs, les chinois sont aussi devenus consommateurs, notamment de produits européens de qualité. Les industriels du vieux continent les plus courageux se sont donc engouffrés dans la brèche de l’export à l’exemple des adhérents du GEM. Ceux-ci n’ont pas eu peur de partir à la conquête du marché connu comme le plus difficile du monde. Cette année encore lors du salon Furniture China, lequel accueille désormais le monde entier, le pavillon tricolore dénommé l’Ameublement Français a brillé malgré les tensions qui règnent sur le commerce mondial démontrant qu’avec du savoir-faire, de l’envie et de la ténacité, l’eldorado chinois et par extension les marchés internationaux constituent un formidable relais potentiel de croissance pour nos fabricants à condition d’y être préparés. A ce sujet le GEM a beaucoup travaillé afin notamment de ne pas laisser les néophytes dans l’inconnu. En tout cas, voilà un exemple à méditer pour bien des entreprises françaises de tous les secteurs.