Jean-Louis Brun, Dirigeant Brun de Vian-Tiran : « Répondre aux attentes »

Pour nous situer, en préambule : nous sommes une manufacture familiale, Entreprise du Patrimoine Vivant – transmise depuis huit générations et 212 ans – qui poursuit à L’Isle-sur-la-Sorgue, en Provence, avec 45 employés, la fabrication de plaids, écharpes, châles, couvertures… en fibres lainières nobles telles que mérinos, alpaca, lama, cachemire, yack, que parfois nous allons sélectionner avec les éleveurs, que ce soit en France ou en Mongolie.

Notre manufacture a quelque chose d’unique en France : cette fabrication est intégralement réalisée dans nos locaux, à travers les étapes de filature, tissage, apprêts et confection. Nos clients sont les grands magasins parisiens (Galeries Lafayette, Printemps, Bon Marché, BHV), près de 1 500 boutiques de linge de maison et de literie et, en particulier, comme vous le savez, le groupement Grand Litier.
Durant la crise, les boutiques ayant subi une fermeture administrative, nous avons immédiatement cessé l’activité et avons déposé un dossier d’activité partielle, qui a été accepté. Nous avons maintenu une permanence téléphonique et d’expéditions à partir de notre stock de produits finis. Nous avons aussi, à côté de la charge administrative représentée par la situation (paie complexe, procédures de reprise dans les conditions sanitaires requises…), travaillé à préparer l’avenir avec nos agences de communication et nos designers. Nous préparons, à ce titre, une offre de produits 100 % français, produits en France à partir de laines françaises. Notre maison est déjà le premier transformateur français des laines de France et s’inscrivait déjà dans une démarche active de RSE, notamment en transition vers le label Oeko-Tex. Nous voulons maintenant faire savoir à quel point il est dans la culture, et même dans les gènes de Brun de Vian-Tiran, de répondre aux valeurs qui se dessinent et s’accélèrent avec cette crise :

  • la solidarité avec la filière : nous aidons de petites manufactures à mettre en marché leurs produits finis, valorisons les laines de France depuis deux siècles et sommes partenaires des bergers de notre région pour la reconstitution de la plus belle laine d’Europe, le Mérinos d’Arles Antique, depuis 30 ans.
  • l’emploi français : nous n’avons jamais délocalisé notre production et nos employés ont en moyenne 17 ans d’ancienneté, en parité à peu près parfaite entre hommes et femmes.
  • l’éco-responsabilité : le travail de la laine était déjà une activité très peu polluante, nous utilisons aujourd’hui que des produits agréés Oeko-Tex et une partie de la production est déjà labellisée Oeko-Tex.
    Nous avons développé notre volet digital. Oui, absolument ! Nous avons un site marchand qui cohabite très bien avec notre réseau de distribution. L’activité numérique a évidemment mieux résisté pendant le confinement, ce qui a permis une activité minimale bienvenue pour préserver l’entreprise dans cette période précaire et risquée. Nous avons également mis à profit cette période pour nous interroger sur l’enjeu des réseaux sociaux, que ce soit pour notre marque ou pour le musée-boutique que nous avons ouvert en 2018 à L’Isle-sur-la-Sorgue.
    Nous avons ouvert de nouveaux réseaux et avons un plan de formation du personnel pour les doter de compétences nouvelles sur ce terrain, incontournable pour un dialogue entre une marque et son public. Pour la première fois, nous adoptons un discours déco et saisonnier en éditant un catalogue printemps-été séparé, qui a été envoyé aux boutiques dès le 11 mai. Nous ne sommes plus un couverturier dont les produits sont essentiellement orientés sur l’hiver, mais un créateur textile dont la légèreté des fibres nobles et la créativité coloristique s’expriment tout particulièrement aux beaux jours avec châles, étoles, plaids et couvertures d’été.
    Nous travaillons également à des collections tendance et accessibles : une écharpe Faro en mérinos, très légère, aux couleurs printanières et aux franges étonnantes, des châles et des plaids très légers et doux, et d’autres projets en cours qui s’adresseront à un public plus jeune, les trentenaires, dont nous découvrons qu’ils sont très attirés par les valeurs de notre maison.

    <<<< RETOUR À LA RÉTROSPECTIVE