Les Français et leur intérieur : Etude de l’observatoire Esprit Meuble

La crise sanitaire a des conséquences directes sur le logement, comme le besoin d’espace ou de confort. Mais elle cause des bouleversements indirects liés à la crise économique, au développement des outils numériques ou aux transformations globales de la société. Par cette étude l’Observatoire Esprit Meuble donne aux professionnels du meuble et de la décoration, les outils pour les comprendre.

La situation est inédite dans l’histoire, durant deux mois, les Français n’ont pas eu le droit de sortir de chez eux, ou presque. Ce confinement a été, pour chacun, un moment de réflexion, qu’il s’agisse d’introspection personnelle ou de prise de recul sur la société dans laquelle il vit. Les cellules familiales se sont figées et les espaces se sont fermés. En passant ses journées enfermé, chacun a analysé son espace de vie et en a tiré des conclusions. La période a donc favorisé la naissance de grand projet ou de résolution, pour son logement et sa vie. Les professionnels du meuble et de la décoration devront être au rendez-vous de ses nouvelles attentes. L’étude Les Français et leur intérieur, menée par l’Observatoire Esprit Meuble, tente de leur donner des pistes pour les analyser

Ouvrir les yeux sur les limites de l’espace
Chacun dans son espace, mais tous confinés. Si les conditions de confinement ont été différentes, en fonction de la surface de son logement, de la présence d’un espace extérieur ou même de sa cellule familiale, chacun s’est retrouvé face à la réalité de son habitation. Celui-ci a pris plus d’importance dans les conditions de vie de chacun et le manque d’espace a été plus visible. Ainsi aujourd’hui, 22 % des Français déclarent que leur logement n’est pas assez grand et pour 34 % d’entre eux qu’il manque de rangements. Ainsi ils ont été nombreux à modifier l’agencement de leur intérieur afin d’optimiser leur espace. Plus que jamais, le logement est devenu un lieu de vie, les Français ont parfois redéfini le rôle des pièces. Le bureau pour le télétravail, la salle de classe, la salle de sport ou encore l’atelier de certaines activités manuelles ont pris leur espace dans la maison. Certaines pièces ont donc eu un rôle différent durant la semaine et le week-end. Certaines configurations, ayant démontré leur utilité, se sont même prolongées après le confinement. Le soin apporté par les Français à leur logement a lui aussi été bien plus important qu’à leur habitude. 51 % d’entre eux ont rangé davantage. Il peut s’agir d’un ménage plus régulier, mais aussi de déstockages ou de nettoyages ciblés. Les confinés ont eu du temps libre et leur intérieur en a profité. Ils laissent libre cours à leur imagination pour transformer leur intérieur, et sont donc nombreux à envisager des travaux.
Mais l’espace n’est pas la seule variable ayant pris de la valeur. En passant plus de temps dans son appartement, chacun est plus sensible à son isolation sonore ou à sa luminosité. Les impératifs de confort ont été redéfinis. Ainsi l’amélioration de la décoration ou l’achat d’une nouvelle literie et de nouveaux fauteuils s’est parfois avéré prioritaire. L’éclairage ou les couleurs des pièces ont aussi eu une attention particulière. Près de 30 % des Français souhaitent réaménager leur intérieur et pour 40 % d’entre eux cela implique des achats de meuble ou de décoration. L’objectif est souvent de lutter contre l’idée d’enfermement.

Une vie en ligne
En ces temps de confinement, le lien avec l’extérieur n’a pas été moins indispensable. Les Français ont connu une accélération de la place prise par les outils digitaux dans leur vie et donc dans leur logement. Nécessité faisant loi, chacun a dû apprendre. Le temps de connexion était plus long, les outils et les activités étaient plus nombreux. Il s’agit de divertissement ou de socialisation, mais aussi de connexion plus innovante comme la téléconsultation médicale ou de simples achats. 10 % des Français ont effectué des achats alimentaires en ligne pour la première fois et 9 % ont choisi cette nouvelle option pour des vêtements ou des accessoires. Enfin, il est impossible d’aborder les nouvelles activités digitales sans évoquer le télétravail.

Un nouveau rapport au travail
L’intérieur est devenu en quelques jours un espace de travail. Un phénomène inédit par sa généralisation et sa durée. L’organisation des conditions optimums en termes de calme, de confort ou même de connexion internet a été un défi pour chacun. 19,5 % des télétravailleurs se sont installé dans leur salon et 12 % ont aménagé un bureau dans leur habitation. Le travail à domicile a été l’une des premières sources de débat concernant les évolutions fulgurantes de la société, lié à la crise sanitaire. Si certains salariés craignaient une surveillance accrue de leur manager, d’autres ont découvert qu’ils pouvaient être tout aussi efficaces que sur leur lieu de travail habituel. En revanche, chacun admet que sa généralisation à long terme renforcerait l’isolement. Et surtout, le développement du télétravail accroit l’envie de certaines familles de s’éloigner des métropoles.
Enfin, la perception du rôle des entreprises dans la société évolue. 63 % des Français estiment que la protection sanitaire, et la sécurité, des salariés est la première mission de la direction de l’entreprise.

Fragilisation de l’économie
La crise sanitaire a créé de nombreuses inquiétudes au sein de la population, mais la récession et la crise économique qui en découle pourrait en créer davantage. De plus, la crise du Covid 19 a mis en lumière la délocalisation de certaines productions indispensables aux citoyens ayant entrainé des pénuries inimaginables, il y a quelques mois. Ainsi, malgré les nombreuses envies de changements, la prudence reste la règle. Par crainte du chômage ou d’une baisse de chiffre d’affaires des entreprises, les Français ont réduit leurs achats. Si les projets de voyages ou d’achat d’équipement high tech sont repoussés, la mode ou les équipements de maison subissent la prudence des consommateurs.

Aspiration au changement
Dans ce moment d’introspection, chacun a pu prendre du recul sur sa propre vie, mais aussi sur la société dans laquelle il évolue, et à ses aspirations au changement. Si les transformations souhaitées sont diverses, 87 % de la population française attend de profonds changements. Qu’il s’agisse de réguler la finance ou la mondialisation, d’accorder plus de moyens à la fonction publique ou à l’écologie, la crise sanitaire a été un déclic pour les aspirations de changement de la population.
Ces attentes ne concernent pas uniquement les décisions politiques, puisque 65 % des Français déclarent souhaiter changer leurs habitudes pour une vie plus responsable. Les domaines varient, 58 % d’entre eux souhaitent consommer local, 50 % souhaitent acheter moins, et dans un autre registre, 34 % souhaitent faire plus de sport. Leurs choix concernant l’organisation de leur logement seront donc inévitablement impactés.